Édition numérique

Fichiers .zave : redonner vie aux magazines iPad d’Aquafadas

5 min de lecture

Au début des années 2010, j’ai travaillé sur de nombreux magazines interactifs pour iPad : Canal+ Le Mag, CanalSat Le Mag, SFR Réseaux actifs, Parmigiani Tempo, Panoramik, et d’autres. Ils avaient des vidéos, des sons, des diaporamas, des pages qui s’animent au toucher. Ils sont aujourd’hui illisibles. Pas abîmés, pas perdus : illisibles. Le fichier existe toujours, mais plus aucun logiciel ne sait l’ouvrir. J’ai donc co-construit avec Claude Code un outil pour les faire revivre dans un simple navigateur.

Le format .zave, en deux mots

Le .zave est le format de sortie d’Aquafadas Digital Publishing System, un module d’InDesign très utilisé par la presse et les entreprises au début des années 2010. On mettait en page dans InDesign, on ajoutait des « enrichissements » (vidéos, boutons, diaporamas, animations), puis on exportait un .zave. Ce fichier se lisait dans une application iPad propre à chaque titre, ou dans le lecteur d’Aquafadas.

Fondée à Montpellier en 2006, Aquafadas a été rachetée par Kobo en 2012, puis a rejoint le groupe Rakuten. Rebaptisée Rakuten DX en 2020, elle a ensuite abandonné son activité commerciale. Le site de Montpellier a fermé en 2023 et la société française a depuis été dissoute. Les applications ont disparu des boutiques une à une. Les magazines, eux, sont restés sur les disques durs des éditeurs et des studios.

Dans mes seules archives, plus de quatre cents fichiers .zave dormaient ainsi.

Ce qu’il y a dans un .zave

Un .zave est en réalité une archive ZIP. On y trouve :

  • un fichier magazine.xml, qui décrit tout : les rubriques, les pages, chaque calque, sa position, ses animations, ses déclencheurs ;
  • des PDF tirés d’InDesign, qui portent les calques de texte et d’image ;
  • les images, sons et vidéos du numéro ;
  • un aperçu de chaque page, tel qu’il apparaissait à l’ouverture.

Tout le contenu est donc là. Ce qui manque, c’est le moteur qui savait lire le scénario : quand faire apparaître un titre, quel son lancer, où mène un bouton, comment glisse un diaporama.

Ce que fait l’outil

L’outil ne produit ni une vidéo ni un PDF du magazine. Il rejoue son scénario. Le convertisseur lit le XML et rend chaque calque PDF en image. Un petit moteur web, écrit pour l’occasion et sans aucune dépendance, interprète ensuite chaque action du fichier :

  • la navigation par rubriques et par pages, au clavier, à la souris ou au doigt ;
  • les animations de calques et les apparitions minutées ;
  • les sons, y compris les scénarios où un son sert de minuteur ;
  • les vidéos et les diaporamas ;
  • les fenêtres, les sous-documents, le glisser-déposer ;
  • les liens internes et externes.

Le résultat est une liseuse HTML autonome, qu’on peut publier sur n’importe quel site ou intégrer dans une page. C’est le cas des numéros qui figurent dans mon portfolio, à feuilleter dans leur cadre d’iPad.

Pour tester la liseuse en ligne : Canal+ Le Mag, cinq numéros, ou Panoramik, deux numéros.

Comment on s’assure que c’est fidèle

Un magazine converti doit se comporter comme l’original, pas seulement lui ressembler. Chaque numéro passe par quatre niveaux de vérification :

  • les données, en quelques secondes et sans navigateur : aucune image déformée, aucun saut vers une page qui n’existe pas ;
  • un parcours complet de toutes les pages sous WebKit, le moteur de Safari, pour détecter erreurs et fichiers manquants ;
  • une comparaison de chaque page avec l’aperçu d’origine contenu dans le fichier ;
  • le comportement : clics, ouvertures animées, sons, et un contrôle final dans le vrai Safari.

L’outil a été éprouvé sur 26 magazines publiés entre 2012 et 2016, soit plusieurs centaines de pages parcourues sans erreur.

À qui ça sert

  • Aux éditeurs, qui possèdent des années de numéros enrichis devenus invisibles, et parfois des contenus qui n’existent nulle part ailleurs.
  • Aux entreprises et aux institutions, pour leurs rapports annuels, journaux internes ou catalogues interactifs.
  • Aux archives et au patrimoine, puisque ces publications font partie de l’histoire de la presse numérique.
  • Aux graphistes et aux studios, qui veulent montrer à nouveau leur travail tel qu’il était, et pas en captures d’écran.

Les limites, honnêtement

Certaines choses ne reviennent pas. Les vidéos et les pages web qui étaient hébergées en ligne ont souvent disparu avec leurs serveurs ; on les retrouve parfois dans les archives de production ou sur la Wayback Machine, pas toujours. Les navigateurs n’autorisent le son qu’après un premier clic. Seule la mise en page paysage est lue, et les transitions de page sont simplifiées. Enfin, les fichiers chiffrés ou protégés par un DRM ne sont pas pris en charge.

Un outil et un service

L’outil prend la forme d’une skill pour Claude Code, un agent de programmation. On lui confie un .zave, il convertit, vérifie et corrige, en s’appuyant sur une documentation détaillée du format. Le code est publié sur GitHub, sous une licence non commerciale : libre pour un usage personnel, l’archivage, la recherche ou l’enseignement. Testez-la sur vos propres fichiers, je serai ravi d’avoir vos retours. Pour un usage commercial, ou si vous préférez me confier la conversion de vos numéros, écrivez-moi.

À savoir avant de convertir

Ce projet est indépendant : il n’est ni affilié à Aquafadas, Kobo ou Rakuten, ni approuvé par ces sociétés. Leurs noms, comme ceux des magazines cités, appartiennent à leurs titulaires et ne servent qu’à décrire la compatibilité. Le format a été compris en observant des fichiers de mes propres archives. L’outil ne contient ni ne reprend aucun code d’Aquafadas, et ne contourne aucune protection.

Surtout, convertir un fichier ne donne aucun droit sur son contenu. Avant de publier une liseuse, il faut s’assurer de détenir les droits sur les textes, les photos, les vidéos et les musiques, auprès de l’éditeur et de chaque auteur. L’outil est fourni en l’état, sans garantie. Ce paragraphe décrit ma démarche : ce n’est pas un conseil juridique.